La reconnaissance juridique en France du lien entre l'exposition aux pesticides et le développement de la maladie de Parkinson.


Par Laurent GIMALAC, Docteur en droit, Lauréat et Avocat spécialiste en droit de l’environnement.



La reconnaissance juridique en France du lien entre l'exposition aux pesticides et le développement de la maladie de Parkinson marque une étape cruciale dans l'évolution de la jurisprudence relative à la santé au travail et aux risques environnementaux. Cette reconnaissance, bien qu'innovante, s'inscrit dans un contexte juridique complexe, caractérisé par des défis en matière de preuve et d'indemnisation. L'analyse de cette jurisprudence révèle à la fois les progrès réalisés et les obstacles qui subsistent pour les victimes cherchant à obtenir justice.


Partie 1 : Rôle du juge et évolution de la Jurisprudence 


La reconnaissance des maladies professionnelles présente des complexités juridiques notables. Ces complexités découlent des règles procédurales strictes et des exigences de fond, ce qui peut décourager les victimes. Cependant, le rôle du juge dans ce processus est essentiel pour atténuer ces difficultés. Les juges appliquent des principes directeurs pour équilibrer les intérêts des victimes et des employeurs, et adoptent des approches pragmatiques pour faciliter la reconnaissance des maladies. Cette approche judiciaire contribue également à améliorer la réparation pour les victimes, notamment dans les cas de maladies professionnelles complexes et multifactorielles.


En France, plusieurs affaires judiciaires importantes ont marqué la reconnaissance du lien entre l'exposition aux pesticides et la maladie de Parkinson, en particulier chez les agriculteurs. La jurisprudence française en matière de reconnaissance du lien entre l'exposition aux pesticides et la maladie de Parkinson a connu plusieurs développements significatifs. 


Un cas significatif remonte à 2006, lorsque le tribunal des affaires de sécurité sociale de Bourges a reconnu pour la première fois la maladie de Parkinson comme une maladie professionnelle. Cette décision, concernant un ancien ouvrier salarié agricole atteint de Parkinson depuis 1997, a constitué un précédent important dans la reconnaissance des risques professionnels liés aux pesticides. Ce jugement s'appuyait sur diverses études scientifiques qui établissaient un risque accru de développer la maladie de Parkinson pour les agriculteurs exposés aux pesticides.


Par ailleurs, une autre affaire notable concerne un arboriculteur pour qui la justice a reconnu l'origine professionnelle de la maladie de Parkinson. Cette reconnaissance a permis l'attribution d'une rente à vie pour les soins liés à la maladie, mettant en lumière l'impact grave et à long terme de l'exposition aux pesticides sur la santé. Cette décision reflète la prise de conscience croissante des risques sanitaires liés aux produits phytosanitaires dans le milieu agricole.


Un des cas les plus emblématiques est celui de Gabriel Lebot, jardinier municipal à Redon. Diagnostiqué avec la maladie de Parkinson, il a réussi à faire reconnaître le caractère professionnel de sa maladie, malgré une exposition qui remontait à plusieurs décennies.  Le Tribunal Administratif de Rennes a reconnu le lien direct entre sa maladie et son exposition prolongée aux pesticides dans le cadre de son travail.  La décision rennaise a pris en compte la longue période d'exposition aux pesticides de l'agent, sans protection adéquate, pour établir ce lien. Cette décision du tribunal administratif de Rennes a souligné l'importance de la preuve dans de telles affaires, reconnaissant l'impact à long terme des pesticides sur la santé (Tribunal administratif de Rennes 10 mars 2023).


Cette décision diffère de celle de la cour administrative d'appel de Marseille qui n'avait pas établi de lien entre l'exposition aux pesticides et la maladie de Parkinson faute de preuves scientifiques suffisantes. Dans l'affaire jugée par le tribunal administratif de Marseille, la demande de M. C d'indemnisation pour la maladie de Parkinson, qu'il attribue à son travail d'agent d'entretien des espaces verts exposé aux pesticides, a été rejetée. Le tribunal a conclu qu'il n'y avait pas de lien direct établi entre les tâches effectuées par M. C et sa maladie.  La décision de Marseille s'appuie sur l'absence de preuves concrètes liant l'exposition aux pesticides à la maladie de Parkinson de M. C. (Voir en appel, Cour administrative d'appel de Marseille - 8ème chambre - formation à 3, 19 novembre 2019 / n° 17MA02703).


Dans d'autres cas, des agriculteurs et d'autres professionnels exposés aux pesticides ont également obtenu la reconnaissance de leur maladie comme étant d'origine professionnelle. Ces décisions s'appuient sur des éléments médicaux et scientifiques établissant un lien entre l'exposition aux pesticides et l'augmentation du risque de développer la maladie de Parkinson. Cependant, chaque cas présente ses propres défis en matière de preuve, notamment en raison de la période de latence souvent longue entre l'exposition et l'apparition des symptômes de la maladie.


Partie 2 : Défis et perspectives d'avenir


Malgré ces avancées, plusieurs défis demeurent. Le principal est la difficulté pour les victimes de prouver le lien direct entre leur exposition aux pesticides et leur maladie. Cette difficulté est exacerbée par la longue période de latence de la maladie de Parkinson et par le manque de connaissances scientifiques établies sur les mécanismes exacts liant pesticides et maladie.


En outre, la question de l'indemnisation des victimes reste problématique. Contrairement à d'autres pays où des fonds spéciaux existent pour indemniser rapidement les victimes de certaines maladies professionnelles, en France, les victimes doivent souvent s'engager dans de longues et coûteuses procédures judiciaires. Ce processus peut être épuisant et décourageant pour les victimes et leurs familles, qui doivent faire face à la maladie tout en luttant pour obtenir reconnaissance et indemnisation.


Entre 2012 et 2017, la Mutualité Sociale Agricole (MSA) n'a indemnisé que 196 agriculteurs pour la maladie de Parkinson, alors que l'incidence de cette maladie est plus élevée chez les exploitants agricoles que dans le reste de la population française.


En conclusion, la jurisprudence française concernant la reconnaissance du lien entre l'exposition aux pesticides et la maladie de Parkinson représente un tournant majeur dans la prise en compte des risques professionnels et environnementaux. Toutefois, les défis liés à la preuve et à l'indemnisation soulignent la nécessité d'améliorations législatives et réglementaires. À l'avenir, il serait bénéfique d'explorer la mise en place de fonds d'indemnisation spécifiques ou de mécanismes simplifiés, à l'image de ce qui se fait dans d'autres pays, pour faciliter la reconnaissance et l'indemnisation des victimes de maladies professionnelles liées à des facteurs environnementaux.




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